jeudi, juin 05, 2008

Strasbourg... la ville rose !

Grande dégustation de rosés à la cave des Domaines à Strasbourg en compagnie du maître des lieux, Johan Valleton. Au programme une quinzaine de rosés à déguster, le tout accompagné par un buffer campagnard très sympathique.

Tour d'horizon dans le monde sauvage des rosés frenchie ! L'ordre de dégustation a été pour ma part aléatoire. Je me suis laissé porter par le flot festif...

  1. Domaine Uby - VDP des Côtes Catalanes Cabernet Sauvignon et Franc 2007 - 5.40€
    Mon rosé préféré de la soirée ! Un fruit rouge explosif (fraises) du début à la fin. Tout en fraîcheur. A consommer (presque) sans modération. Très Bien

  2. Domaine du Grand Cros (Provence) - Jules 2007 - 6.40€
    Passe plus difficilement après la rondeur du précédent. Vin sec et dont l'amertume me gêne un peu. Moyen

  3. Château Cailleteau Bergeron (Bordeaux) 2007 - 6.60€
    Voilà qui ne va pas me réconcilié avec les Bordeaux. Manque de matière et alcool trop présent. Moyen-

  4. Château de Vaux (Moselle) - Les Bosères 2007 - 6.20€
    Un château habitué de la cave. Ce rosé de pinot noir nous offre un vin frais acidulé qui se boira bien sous la tonnelle cet été. Bien

  5. Domaine Serge Laloue Sancerre rosé 2007 - 12.60€
    Je crois que j'aime décidemment plus les rosés septentrionaux. Ici point de surplus d'alcool mais au contraire un vin tonique, vif, qui n'a pas oublié son fruit au passage. Seul bémol: un peu cher. Très Bien

  6. Château Villerambert Julien - Minervois rosé 2007 - 5.80€
    Beau fruit mais un cachou trop d'alcool pour se laisser entraîner. Moyen+

  7. Domaine de l'Hortus - rosé de saignée 2007 - 7.95€
    Même constat que dans le vin précédent: l'alcool en guise de clinquant et de fraîcheur. Moyen+

  8. Domaine de La Préceptorie - Coume Marie Côtes du Roussillon 2007 - 12.30€
    J'ai envie de dire qu'avec ce vin, on quitte les rosés. Nous sommes face à un vin à part entière. Quelle matière, quel gras et surtout quelle salinité. L'élevage bois est à ce stade encore trop marqué. A garder (?). Bien

  9. Domaine de La Rectorie- Côté Mer rosé 2007 - 14.90€
    Dans l'esprit du précedent mais en mieux. Ici le bois est parfaitement intégré et ne laisse place qu'à une superbe salinité et sapidité en finale. Un vin de gastronomie là aussi. Très Bien

  10. Domaine de La Préceptorie- Côtes Catalanes rosé Zoé & co 2007 - 6.90€
    Un vin très floral au nez qui cache une bouche un peu austère et construite sur l'amertume. De jolis accords en perspective. Bien
Faites donc le plein de rosés car il parait que l'été va être chaud ! :-)

dimanche, juin 01, 2008

Marie-Thérèse Chappaz

Je m'étais juré de revenir déguster au domaine lors d'un passage express devant une cave vidée en juillet dernier.

En effet, le domaine de Marie-Thérèse Chappaz (cave de la Liaudisaz) à Fully dans le Valais suisse a la particularité de vendre l'intégralité de sa production de 8ha (40 000 bouteilles environ) en 2 mois et demi (de mai à mi-juillet). Autant dire qu'il faut se précipiter pour pouvoir dénicher les précieux flacons.

C'est à une dégustation originale que nous sommes conviés. Bien que le domaine soit officiellement fermé le samedi après-midi, le parking était plein à craquer. Ambiance auberge espagnole / terrasse de café de village avec moult tables et bancs répartis sous la tonnelle et dans la cave. Marie-Thérèse nous installe au frais dans la cave avec d'autres passionnés (helvético-brésilien). Visiblement très à l'aise dans cette atmosphère "heure de pointe", Marie-Thérèse toute souriante va nous servir pas moins de 16 vins de sa production biodynamique du millésime 2007.

Quel marathon de plaisir ! Petit compte-rendu d'un voyage au coeur de ce qui se fait de mieux dans le Valais...


  1. Fendant "Mon Puiné" 2007 - 8 CHF (50cl)
    Un vin qui a fait sa malo. Beau gras mais amertume finale qui me gène un peu. Moyen

  2. Fendant de Martigny "Les Bans" 2007 - 16.30 CHF
    un vin de calcaire encore fermé à ce stade mais qui dévoile progressivement de belles notes citronnées et une bouche fraîche et élancée. Bien

  3. Fendant de Fully "Coteaux de Plamont" 2007 - 16.30 CHF
    Une belle synthèse des deux Fendants précédents: beaux fruits à chair blanche (poire) et finale assez longue sur le gras. Bien+

  4. Fendant "Président Troillet" 2007 - 17.30 CHF
    Le Fendant phare du domaine qui se situe 100m plus bas que le Plamont. Du coup, il mûrit plus vite et a été vendangé une semaine plus tôt. Nez intense et bouche un peu chaude, mais finale minérale et longue sur des notes originales réglissées. Bien

  5. "Grain Cinq" 2007 - 33 CHF
    Une nouveauté cette année. vin d'assemblage de 5 cépages (Pinot Blanc, Païen (Savagnin), Sylvaner, Petite Arvine, Ermitage) cultivés sur des terroirs identiques. Un vin tout en contraste entre un nez frais et une bouche sur l'opulence, voire tannique. Moyen+

  6. Petite Arvine "Grain Blanc" 2007 - 33 CHF (50cl)
    Le cépage roi du Valais connu pour la minéralité saline. Elevage court (6 mois) en barriques bourguignonnes (2/3 de neuves). A ce stade le boisé domine encore trop et la salinité de la Petite Arvine pointe timidement en fin de bouche. A garder et à regoûter dans quelques années

  7. Ermitage "Grain d'Or" 2006 - 33 CHF (50cl)
    Marsanne blanche importée du Nord de la Vallée du Rhône.
    Pointe d'alcool au nez. Bouche en retrait. On réveille un vin dans son sommeil. Là aussi, A garder et à regoûter dans quelques années

  8. Dôle "Ma Puinée" 2007 - 8.50 CHF (50cl)
    Assemblage gamay (majorité) et pinot noir. Superbe entrée en matière pour aborder la gamme des rouges. Le vin par excellence de copains pour le pique-nique. Très beau fruit croquant du nez à la bouche. Un vin frais et digeste qui désaltère de plaisir. Très Bien

  9. Dôle de la Liaudisaz 2007 - 18.90 CHF
    Assemblage de pinot noir (48%), gamay (45%) complété par de la syrah et un peu de merlot élevé en barrique donnant un vin plus costaud que le précédent, construit d'une trame tannique et une finale sur les épices douces et le caramel. Moyen+

  10. "Grain Pinot" 2007 - 33 CHF
    Marie-Thérèse a décidé cette année de laisser 100% des rafles du pinot noir. Elle a voulu apporter un surplus de fraîcheur face à un cépage qui se trouve à sa limite sud de culture. Joli nez qui "pinote" à souhait mais j'aurais aimé un surplus d'acidité en bouche. Moyen+

  11. "Grain Mariage" 2007 - 32 CHF
    Encore une nouveauté cette année. Marie-Thérèse n'a pas vinifié seul le Cornalin mais l'a assemblé avec l'Humagne rouge. Cet ensemble de jeunes vignes offrent un tout assez harmonieux autour de notes animales et d'épices. Bien

  12. "Grain Syrah" 2007 - 32 CHF
    Le coup de coeur absolu ce la dégustation ce qui confirme bien que la Syrah occupe une place de tout premier ordre en Valais. Bien que les vignes soient encore jeunes (17 ans), ce vin de granit épate par sa classe, sa race et sa fraîcheur. une touche de poivre vient agrémenter ce "gentleman" ! Dommage que ce vin ne soit disponible qu'en micro quantités (1000 bouteilles seulement !) Excellent

  13. "Grain Noir" 2006 - 35 CHF
    Pas évident de passer avec les émotions de la Syrah. Cet assemblage de cépages bordelais offre des notes de poivrons verts et une bouche encore asséchante. Moyen

  14. "Grain Doux" 2007 - 35 CHF (50cl)
    Assemblage de sylvaner, chardonnay et petite arvine donnant un moelleux (50 g/l de sucres résiduels) tout en tonus. Vin frais sur l'acidulé. Un plaisir immédiat qui ne se partage pas :-) Très Bien



  15. Malvoisie 2006 - 35 CHF (37.5cl)
    Très typé vendanges tardives de pinot gris avec un bel équilibre entre onctuosité, gras et minéralité. Un vin de gastronomie. Bien

  16. "Grain Noble" ConfidenCiel 2005 - 49 CHF (50cl)
    Assemblage de petite arvine et marsanne blanche à 70% botrytisé, élevé 24 mois en barrique. Quelle richesse ! A ce stade les sucres dominent encore trop la fin de bouche. A garder et à regoûter dans quelques années (au coin du feu !!)

Vigneronne instinctive qui ose expérimenter et faire des vins différents en fonction de l'actualité du millésime (assemblages novateurs, blocage de malo, vinification en raisins entiers...), Marie-Thérèse, qui par l'intermédiaire de sols pleins de vie, cherche sans relâche à nous révéler la variété et la complexité des terroirs valaisans (calcaire, granit, loess...). Il suffit de jeter un coup d'oeil aux alentours de la cave pour se rendre compte de la difficulté du travail de la viticulture en terrasses.

Un grand merci encore pour votre accueil si chaleureux et à l'année prochaine pour la découverte de nouveaux vins !

Domaine de la Liaudisaz
CH-1926 Fully – Suisse
Tél : +41 27 746 35 37
http://www.chappaz.ch

lundi, mai 12, 2008

Domaine Lucien Boillot à Gevrey-Chambertin

Visite au domaine Lucien Boillot à Gevrey-Chambertin. Rendez-vous avec Pierre Boillot. Ici pas de grands panneaux "vigneron récoltant- cave ouverte". Juste une sonnette sur une porte anonyme. On ne rentre pas ici par hasard et on vérifie à deux fois l'adresse et à 16h30 on sonne.

Pierre, sourire aux lèvres et yeux pétillants, nous ouvre sa cave. Pas de chichi. On parle debout entre palettes et cuverie. On s'imprègne de son rythme, de la douce fraîcheur des lieux. On comprend très vite que l'on est sur la même longueur d'ondes, à l'antipode des vins modernes body-buildés qui doivent bluffer vite. Ici les vins se dégustent pour découvrir des mystères, faire parler de leur origine.

Pierre allie avec magie force et élégance avec une trame tannique fine tout en fraîcheur. Le silence absolu de la cave en pierre nous pénètre. Les pièces bourguignonnes mènent leur existence sereine à l'abris des regards. Pierre les élève sur lies fines en les soutirant qu'une seule fois au cours de 18 mois d'élevage. Peu de futs neufs bien sûr (max 30%). Des vinifications classiques au sens noble du terme, sulfitées sagement restant sourd aux liturgies des œnologues. Ses Gevrey, Volnay ou Pommard sont à apprécier après 10 ans de garde. Pierre se lance aussi dans le monde magique des grands blancs avec son deuxième millésime en Puligny-Montrachet 1er Cru "Les Perrières".

Parcours initiatique avec dégustation sur fût de pas moins de 12 cuvées 2007:
  • Les Volnay: village, 1er Cru Caillerets, 1er Cru Les Angles
  • Les Pommard: village, 1er Cru Les Fremiers, Les Croix Noires (sous les Rugiens)
  • Les Gevrey-Chambertin: village, Les Evocelles, 1er Cru La Perrière, 1er Cru Les Corbeaux, 1er Cru Les Cherbaudes
  • Nuits Saint Georges 1er Cru Les Prûliers (des vignes de 95 ans)
Les 2007 sont en grande forme et confirment que les grands vignerons se reconnaissent dans les années difficiles. Ici point de trace de végétal ou de dilution. Les vins sont nets, élégants, les Gevrey subtilement réglissés, Le Nuits d'une longueur à couper le souffle.

Déguster sur fût c'est apprendre à rencontrer les vins dans les différents stades de sa vie (malo de 0 à 95% faite). C'est faire abstraction du CO2, plus présent qu'en bouteilles dû aux fermentations.

Les vins du domaine Boillot sont des vins de terroir qui font la synthèse d'oppositions apparentes: puissance et finesse; concentration et fraîcheur; des vins qui se dégustent jeune et de grande garde. Tout comme Pierre: réservé et généreux; accueillant et mystérieux; déterminé et doux. Merci Pierre pour nous avoir consacré deux heures de votre temps. On ressort de chez vous pas tout à fait comme on y est rentrés et défenseur farouche du classicisme bourguignon, école des vins "cisterciens".


Photos: Abbaye de Fontenay

vendredi, mai 09, 2008

Domaine Bart à Marsannay

Il fait bien bon faire un petit tour en Bourgogne. Aux portes de Dijon, tout au nord de la Côte de Nuits, se trouve l'appellation de Marsannay qui a la particularité de vinifier en tricolore (rouge, blanc et rosé). Pour se faire une bonne idée du pas qualitatif qui se joue là-bas, j'ai pris rendez-vous au Domaine Bart.

Le domaine en deux mots

Domaine en agriculture raisonnée (le bio n'a pas vraiment la côte encore en Bourgogne) de 21ha. Si je ne m'abuse le fils Pierre est la 5ème génération de Bart a vinifié au domaine. La proportion de vin vendu en vrac est en chute mais frôle encore tout de même les 30% aujourd'hui.

Pierre, 28 ans, nous accueille avec plein d'enthousiasme et comme beaucoup de jeunes diplômés après son BTS Viti Oeno à Beaune, il est parti vinifier dans le "nouveau monde" (dans son cas en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud). Les vendanges au domaine sont manuelles et, faute de temps, le travail des sols en est encore à ses débuts.

Elevages sur lies fines avec une proportion faible de bois neuf (autour de 25% sauf sur le Bonnes-Mares où on monte à 50%). Pressurage doux (max 1.5 bar) mais par contre on regrettera des sulfitages un peu élévés (autour de 40mg/l à la mise même sur vin rouge). Le domaine ne veut prendre aucun risque, d'autant plus que l'export occupe une part importante des ventes (Etats-Unis notamment pour la cuvée "Les Grandes Vignes" en Marsannay rouge).

La dégustation

Dégustation en cave de 8 vins en bouteille du millésime 2006 (les 2005 sont bien sûr partis depuis longtemps). Les prix indiqués sont les prix particuliers TTC domaine au moment de la visite.
  1. Marsannay rosé 2006 - 5.60€
    Mise en bouche avec ce beau rosé de saignée (6h de macération) donnant un vin gourmand, plein de fraîcheur. Bien

  2. Marsannay "Les Favières" blanc 2006 - 9.50€
    Vin atypique à base de plants de chardonnay muscaté. Nez très floral et bouche à l'amertume qui n'est pas sans rappeler nos muscats alsaciens. Le vin a fait sa malo et est à mon sens un peu mou. Moyen

  3. Marsannay "Les Finottes" rouge 2006 - 9.50€
    Belle mise en bouche gourmande pour ouvrir le bal des marsannay rouges: beau fruit intact (0% de fût neuf). Un vin de copain à consommer autour d'un bon casse-croûte campagnard sur une nappe rouge à carreaux au milieu des champs. Moyen+

  4. Marsannay "Les Longeroies" rouge 2006 - 9.50€
    Pierre nous prévient que ses Longeroies sont assez différents des autres. En effet, sa parcelle se trouve en haut de coteau sur un sol plus léger. Du coup, vin assez aérien, très digeste doté de plus de compléxité que le précédent, qui se caractérise par une finale poivrée. Bien

  5. Marsannay "Les Champs Salomon" rouge 2006 - 11.50€
    une superbe synthèse de deux vins au-dessus avec le fruit des Finottes, la structure des Longeroies et une allonge supplémentaire. Le boisé (30% de fût neuf) est à ce stade déjà très bien intégré. Très Bien

  6. Fixin rouge 2006 - 11.50€
    Dur, tannique et asséchant à ce stade de l'élevage. A oublier pour l'instant et à regoûter dans quelques temps. On a l'impression d'avoir réveillé le vin en le goûtant et qu'il peine à trouver son équilibre. A regoûter

  7. Fixin 1er Cru "Les Hervelets" rouge 2006 - 18€
    Une des stars du domaine. Un vin qui se garde sans problème de 7 à 10 ans. Tout es là: boisé fin, belle matière et structure tannique fine et harmonieuse. Belle longueur. Très Bien

  8. Bonnes Mares 2006 - 52€
    Quel honneur que Pierre nous fait en débouchant une demi de ce cru mythique. De très belle composition, il faudra du temps pour sa complexité s'exprime . A ce stade, il est bien timide. Bien
Conclusion

Ce serait vraiment dommage de ne pas commencer votre prochaine visite en Côte de Nuits par Marsannay. Le domaine Bart en offre une vitrine très intéressante, à des prix défiants toute concurrence. Assurément le domaine va encore progresser dans les années à venir si les traitements et les sulfitages sont réduits et surtout si les sols vont être dynamisés par un labour judicieux.

mercredi, avril 23, 2008

Retour à la Clé des Champs à Nordhouse


Retour à la Clé des Champs à Nordhouse (20 min de Strasbourg). C'est un véritable havre de paix où l'on vient passer une soirée on ne peut plus conviviale avec Franck et Aurélie. La cuisine met en avant les produits de saison, en toute simplicité et sans fard inutile. C'est le retour aux fondamentaux du goût.

Comme détaillé dans notre précédent billet (lire ici), Franck a l'art de nous dénicher des flacons riches en émotion. Cette règle n'a pas été dérogée hier soir. Mon pâté de marcassin et ma belle pièce du boucher a convolé en juste noces avec un étonnant:

Château Peyreau Saint-Emilion Grand Cru Classé 1982 (40€)
Aujourd'hui propriété du Comte Stephan von Neipperg et vinifié par Stéphane Derenoncourt, voici un vin qui nous réconcilie avec Bordeaux ! Après un premier nez légèrement réduit sur des notes animales, place aux fruits dans toute sa jeunesse. Evolution sur des notes de cacao puis de menthe fraîche. Incroyable ! La bouche est d'une fraîcheur tout aussi époustouflante, harmonieuse à souhait où rien ne dépasse, la finale réglissée de plaisir

Marc de Bourgogne - Domaine de La Romanée Conti 1949
Oui, oui vous avez bien lu: la DRC ! Fait avec le marc des raisins issus exclusivement de la parcelle mythique de la Romanée Conti, la liqueur a quelque chose bien sûr de magique. Le nez n'est nullement dominé par l'alcool mais par un fruit net (cerise) avec un boisé divinement intégré. La bouche est longue longue longue avec une finale sur la figue séchée. Un petit coin de paradis...

Une adresse si goûtue avec des prix sages est un vrai trésor. A bon entendeur...

Restaurant La Clé des Champs
171, rue de l'école
67150 Nordhouse
03 88 98 10 92
Fermé lundi journée, mercredi soir, samedi midi
http://www.la-cle-des-champs-67.com

samedi, avril 05, 2008

Le riesling slovaque ne m'a pas convaincu... le restaurateur non plus !

Petite escapade gourmande au restaurant "R", grand' rue à Strasbourg. Après avoir refusé une première proposition "indécente" (Aligoté de Dugat-Py à 55€ !), non sans réticence je me suis laissé tenter par un Riesling slovaque. Grave erreur !

Riesling Château Bela (propriété d'Egon Müller) 2006

La catastrophe ! Un nez réduit archi dominé par la levure de bière, la poussière et un long carafage n'a pas pu déstabiliser la bête ! La bouche a quant à elle une attaque marquée par les sucres avec un perlant largement excessif (à la limite du défaut). Certes, la fin de bouche finit sèche sur une belle acidité rectiligne avec quelques timides notes d'agrumes, mais les notes de levure persistent désespérément aussi en bouche. Autant vous dire que l'on a pas pu finir la bouteille...

Jai signalé au patron mes doutes sur la santé de cette bouteille (qui j'ose espérer n'est pas représentatif de ce que peut faire Egon Müller) et je lui ai même fait sentir le vin dans mon verre. Il s'est empressé de s'éclipser en disant vaguement que "ça va passer !".

Alors pour 45€ prix sur table alors que l'on trouve ce vin pour 15€ chez les cavistes et pour un gérant qui se dit passionné de vins (il a effectivement beaucoup de références prestigieuses, un amateur d'étiquettes), c'est du vol ou au mieux un snobisme délirant. L'image du restaurateur n'en sortira pas grandie. Halte aux coefficients abusifs en restauration. Vive la démocratie dans le vin !

samedi, mars 29, 2008

L'Art au secours... de l'analyse sensorielle !

Autrement - Interview Olivier Breuil, artiste peintre

Une fois n'est pas coutume, je vous emmène à quelques encablures du monde du vin pour mieux ... y revenir. Convaincu que l'éveil des sens est primordial pour le dégustateur curieux et hédoniste, je suis allé à la rencontre d'un artiste contemporain qui, j'aurais presque envie de dire, ne vit que par ses sens !

Son oeuvre inclassable est riche en couleurs et sensations. Je l'ai rencontré dans la capitale entre deux coups de pinceaux...

Altervino: salut Olivier. Bienvenue sur "Altervino" ! Raconte moi si tu veux bien un peu ton parcours ?

Olivier Breuil: J’ai commencé la peinture et le dessin vers 14 ans avec une professeur qui m’a fait découvrir les impressionnistes et la théorie des couleurs complémentaires. J’allais souvent au Musée D’Orsay voir les tableaux de Monet, Van Gogh et surtout Manet, que j’aimais voir de très près. Pourtant vers 18 ans j’ai mis de côté la peinture : mes connaissances n’allaient pas au-delà du tout début du XXème siècle et je ne voyais pas l’intérêt de continuer à faire des paysages et des natures mortes. Je n’avais aucune idée de la liberté que pouvait offrir la peinture comme je l’ai compris bien plus tard en découvrant les peintres abstraits américains.

Alors pendant 10 ans j’ai fait tout autre chose, un diplôme d’ingénieur en physique des matériaux, et quelque temps après je suis allé vivre et travailler en Norvège pendant 4 ans. Je fréquentais toujours les galeries et les musées mais je ne produisais rien moi-même. J’étais attiré par des choses éloignées de la peinture comme certaines installations et oeuvres vidéos qui réveillaient mon envie de créer. Ma façon d’appréhender l’art se transformait, se libérait, mais je ne savait pas comment la mettre en oeuvre à travers la peinture qui restait mon medium naturel. En Norvège j’ai profité du sentiment de liberté qu’on éprouve en habitant à l’étranger, pour tirer un trait sur le métier d’ingénieur et me replonger dans la peinture.

Je suis alors allé notamment à 2 reprises à Londres suivre des cours dans 2 de leurs excellentes écoles d’art. Ca été un véritable nouveau point de départ. J’y ai surtout compris qu’il y a un processus artistique et que c’est à chacun de se l’inventer en permanence. En rentrant à Paris en 2001 après 4 ans à Oslo, je me suis inscrit comme auditeur libre aux Beaux Arts où j’ai suivi pendant 2 années tous les cours qui m’étaient accessibles. C’est à cette époque que j’ai rencontré le peintre Frédéric Prat qui m’a donné des cours dans son atelier pendant 4 ans. Avec lui j’ai appris à “regarder” ce que je faisais, à être exigeant, à faire des choix. J’ai découvert à son contact des peintres comme Willem De Kooning, Kenneth Noland, Barnett Newman, Ellsworth Kelly et fait la connaissance de Pierre Dunoyer.

J’ai véritablement commencé à développer mon propre travail ces 5 dernières années, dans mon atelier à Paris et aussi pendant 1 an entre 2005 et 2006 à La Haye en Hollande. Le travail sur les “Assiettes” a débuté en 2005 et se poursuit toujours.

Altervino: quels sont les peintres qui t’ont marqués ou influencés ?

OB: Beaucoup de peintres et aussi d’artistes utilisant d’autres techniques d’expression, comme les installations ou la vidéo m’ont inspiré et stimulé. Quelques uns restent toujours une forte source d’inspiration :

- Edouard Manet, avec sa manière franche de poser la peinture, ses accords de couleur tendus et la présence qui se dégage de ses tableaux.
- La peinture abstraite américaine depuis les années 50 jusqu’à aujourd’hui. Notamment De Kooning, son parcours, la liberté qui en émane, sa touche de peinture spontanée et maîtrisée, ses mélanges de couleurs dissonants. Plus récemment Jonathan Lasker et sa singulière approche de l’art abstrait.
- L’Art Minimal, comme celui de Donald Judd ou de Frank Stella
- Je retrouve dans mes tableaux des influences du Pop Art, l’ancrage dans le banal et les couleurs vives et contrastées
- Le travail de Frédéric Prat et de Pierre Dunoyer reste une source privilégiée de dialogue et de réflexion

Altervino: Lorsque tu commences une toile, as-tu une idée précise de l’aboutissement souhaité ?

OB: Les quelques fois où j’ai eu une idée trop précise du tableau final je l’ai perdue en route. En général, à un moment donné ça ne fonctionne pas et je suis obligé de tout casser pour pouvoir continuer. L’idée de départ, par exemple un choix précis de couleurs ou une composition, vole en éclat, disparaît. Cependant elle a fait partie du processus et reste sous-jacente à la structure du tableau fini.

Dans les tableaux récents, je commence par un fond monochrome qui à la fois définit l’espace et pose une tonalité de départ. Ensuite je peux avancer vers le tableau en réagissant à chaque nouvelle action que j’apporte. Je ne peux pas avoir une idée précise de l’état final parce que chaque nouvelle forme colorée change tout le contexte. Le tableau est terminé dès qu’une unité est atteinte et que je ne vois plus rien à rajouter ou enlever.

Altervino: tu peins sur papier, sur toile, sur journal etc. Quel est ton support préféré ? Parle moi de ton rapport physique au support.

OB: Je peins sur de la toile en cotton. Je fabrique mes propres châssis en bois ce qui me permet de choisir les dimensions précises du tableau. Le rapport hauteur / largeur est important et je passe en général pas mal de temps à le déterminer. Mais quand je suis à court de temps, je prends des châssis du commerce aux dimensions standards.

Je monte la toile sur le châssis et je l’enduis. J’aime la phase de préparation purement manuelle. Elle me permet de rentrer progressivement en contact avec la surface à peindre. Un tableau qui fonctionne est un tout, et l’attention dans l’application de la peinture est primordiale à la présence qui se dégage du tableau achevé. C’est ce qui me convient et que j’aime dans la peinture, ce mélange de réflexion, d’activité manuelle et d’instinct.

Altervino: et ton approche des couleurs ?

OB: Le peintre Frank Stella disait qu’il voulait “garder la peinture aussi belle que dans le pot”. C’est vraiment ça! Mais paradoxalement pour y arriver il ne suffit pas de faire un monochrome avec une couleur directement sortie du tube. Ca ne fonctionne pas. Je cherche par des contrastes parfois à la limite de la dissonance à révéler chacune des couleurs. Pour réussir un monochrome il faut en fait beaucoup de couleurs!

Mon approche des couleurs est ouverte et sans a priori. J’ai fait un tableau avec comme fond la couleur la plus laide que je connaisse, une sorte de rose jambon. Je voulais voir si un tableau pouvait fonctionner avec un fond pareil, et je crois que oui. De manière générale j’évite les accords trop calmes et équilibrés. Je cherche par les formes colorées que le tableau soit en équilibre instable, vivant.

Altervino: plus généralement, quels sens sont particulièrement en éveil chez toi quand tu peins?

OB: La vue bien sur. Mais en réalité c’est l’esprit, si on peut l’inclure dans les sens, qui est le plus en éveil.

Ca n’a aucune incidence sur le tableau, mais c’est vrai que j’aime l’odeur de la peinture acrylique. Le toucher aussi joue son rôle, on ne pourrait pas peindre si on perdait le toucher, on ne saurait pas quelle pression exercer sur le pinceau.

En réalité, tous les sens hormis la vue me semblent comme en retrait pour laisser toute sa place à la relation oeil – esprit.

Altervino : et si tu ne pouvais garder qu’un seul de tes cinq sens, lequel serait-ce et pourquoi ?

OB: Quelle question! J’ai lu un jour qu’on peut difficilement vivre sans le toucher, on meurt d’isolement.

Altervino: je suis curieux d'appréhender ta gestuelle, ton tour de main et tout rituel quand tu peins.

OB: Je ne suis pas très conscient de ma gestuelle… il faudrait me regarder mais je pense que tu serais probablement déçu, je ne suis pas Jackson Pollock!

Par contre, je peux dire que je peins en posant la toile à l’horizontale, soit par terre, soit sur des tréteaux. Puis je la regarde en l’accrochant au mur. Elle fait sans cesse des allers-retours entre le mur et les tréteaux. Parfois je l’accroche à l’envers ou de côté, ou bien je la regarde dans un miroir… ça me permet de la voir autrement et d’évaluer si elle fonctionne.

Altervino : une toile c’est un morceau de ta vie...

OB: Je ne suis pas du tout un expressionniste. La vogue qui consiste à projeter son ego, sa petite vie personnelle sur une toile ou autre m’ennuie, m’assomme.

Je cherche à faire un tableau qui ait une présence en soi. Il ne doit donc pas être une image qui illustre ma vie, mon émotion, ni même qui représente quelque chose d’extérieur à lui même. Pour que le tableau fonctionne comme un objet présent, il ne peut pas y avoir de sujet. Cela n’exclue pas, selon moi, la présence de “figures” sur la toile, à partir du moment où elles ne jouent pas le rôle de sujet du tableau, ou de métaphore symbolique. Mes “assiettes” agissent comme des points d’articulation, des zones de plus forte densité qui dialoguent avec les formes colorées de tout le tableau. Ce sont des points de tension et de jaillissement à la surface du tableau.

Pour en revenir à ta question, il est par contre évident que ma vie, c’est à dire ce qui passe devant mes yeux, s’imprime dans ma mémoire et parfois ressort dans une juxtaposition de couleurs ou dans une forme. Mais je ne m’en rends compte qu’a posteriori, et parfois je ne le vois pas et ce sont des proches qui me le font remarquer.

Altervino : ta pratique intensive du Qi Gong est-elle une source d'inspiration ?

OB: Une source d’inspiration non. Je fais du Qi Kong pour avoir plus d’énergie, pour me sentir plus vivant. L’envie de faire des choses, de créer, et aussi la clarté d’esprit, viennent de l’énergie qu’on a en soi. Pour aller au bout d’un tableau j’ai besoin d’avoir l’esprit calme, clair, silencieux. Le Qi Kong m’aide à ça.

Pour l’anecdote, comme tu peux le remarquer les ronds sont très présents dans mes tableaux. Ce qui est amusant c’est que j’ai commencé ces “assiettes” alors que je faisais du Ba Gua, qui est une pratique de la famille du Qi Kong dans laquelle on marche en rond sur un cercle imaginaire au sol…

Altervino: Merci Olivier. Déguste bien ! Pour ceux qui souhaiteraient découvrir tes toiles, où peuvent-ils aller?

OB: Je vous invite dans un premier temps à visiter mon site internet : olivierbreuil.com

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